Notre "Canon à balles " modèle 1866 De Reffye

lundi 17 juin 2013
par admin
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Commencé en 2005, l’AET à pu finaliser en 2013 son projet de la reconstitution d’un

« Canon à balles modèle 1866 » dit aussi « Mitrailleuse de Reffye »

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Le cadre historique

Le 19ème siècle était le siècle de la révolution industrielle. Cette révolution qui inaugurait les temps modernes en transformant une société paysanne et manufacturière en société citadine travaillant en usine, touchait évidemment aussi le domaine militaire. Les armées de toutes les nations passèrent du fusil à chargement par la bouche et à un coup ( à silex ou à percussion) au fusil à culasse à plusieurs coups. Pour l’artillerie , c’était de même. Du canon napoléonien qui tirait un ou deux coups par minute sur une distance qui ne dépassait généralement pas les 1000 mètres on passait au canon Krupp tirant 10 coups par minute sur 8 km avec des effets autrement dévastateurs ! C’est sur ce fond que le « Canon à balles modèle 1866 » a été inventé et fabriqué. Il est un des précurseurs des armes automatiques modernes.

Développement

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Le premier prototype d’une mitrailleuse a été développé en Belgique dans les années 1850 par le capitaine Toussaint-Henri-Joseph Fafschamps. On voulait créer une arme capable de lancer un grand nombre de projectiles contre l’infanterie ennemie à grande distance. Les ingénieurs belges Louis Christophe et Joseph Montigny ont mis au point la « Mitrailleuse Montigny » à 37 canons qui fut adoptée en petit nombre par l’armée belge et utilisée pour armer certaines forteresses belges. A partir de 1859, Montigny proposa ce type d’arme à l’empereur français Napoléon III. L’arme l’intéressait mais il en voulait une version spécifiquement française. Ce projet fut donc confié au lieutenant colonel Jean-Baptiste Verchère de Reffye de l’armée impériale française. Ensemble avec Montigny, il développa la mitrailleuse qui portera son nom. Jusqu’au début du conflit avec la Prusse et les autres états allemands, environ 200 mitrailleuses furent construites dans les ateliers de Meudon. Comme l’armée française se dotait au même moment du nouveau fusil d’infanterie de Chassepot « Modèle 1866 » (le premier fusil d’infanterie française à culasse qui ne se chargeait plus par la bouche ) les moyens financiers de l’état étaient insuffisants. L’empereur Napoléon préleva les sommes manquantes sur ses dotations personnelles afin de réaliser la fabrication du « Canon à balles modèle 1866 ».

Fonctionnement

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Il y avait plusieurs variantes mais toutes fonctionnaient selon le même principe. On assembla un nombre de canons – 25 pour le modèle « De Reffye » - qu’on monta sur le châssis d’un canon de 4 livres. Les 25 cartouches pour une salve étaient chargées dans un bloc de chargement qui était placé derrière les canons. A l’aide d’une manivelle, le bloc de culasse qui se situait au bout de l’arme et qui contenait les percuteurs était avancé, armant les percuteurs et compressant l’ensemble bloc de culasse-chargeur-canons. Les percuteurs étaient libérés l’un après l’autre par une plaque métallique usinée qui glissait de gauche à droite et qui était actionnée par une petite manivelle sur le côté droit du canon. Les balles de 13mm dans une cartouche en carton propulsées par une charge de poudre noire représentaient une munition sophistiquée et ultra-moderne pour l’époque. L’énergie déployée par balle surpassait de plus de trois fois les munitions des fusils contemporains ( Dreyse prussien ou Chassepot français ).

Doctrine de combat

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Comme le dit son nom, le « Canon à balles modèle 1866 » était considéré comme une pièce d’artillerie. Il était censé être déployé avec l’artillerie conventionnelle bien derrière le front de l’infanterie ( 500m et plus ) et combattre les troupes ennemies au-delà d’une distance allant de 1500 à 2000 m prolongeant ainsi le tir de mitraille de l’artillerie conventionnelle. Logiquement, pour la campagne de 1870, les mitrailleuses étaient donc incorporées dans les unités d’artillerie, qui se composaient alors de deux batteries de pièces de quatre livres à 6 canons chacune et d’une batterie de 6 mitrailleuses.

Au combat

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Au début de la guerre de 1870, l’armée française possédait environ 200 mitrailleuses. Les performances de ces armes sophistiquées mais fragiles lors des combats n’atteignirent pas les grandes attentes. Jusqu’à l’entrée en guerre, l’existence des mitrailleuses était entourée de mesures qui étaient sensées en garder le secret. Les artilleurs qui devaient en assurer le fonctionnement les avaient donc rarement vues et même n’avaient pratiquement jamais eu d’entraînement avec leur nouvelle arme. Vu les distances du tir à 1500-2500m, il était dans la pratique quasi impossible de vérifier et d’ajuster éventuellement les résultats des tirs des balles de 13mm des mitrailleuses par manque de moyens d’observation. L’artillerie allemande avait ordre ( car les renseignements allemands avaient quand même découvert leur existence) de neutraliser les mitrailleuses en priorité par mesure de précaution. Comme les nouveaux canons Krupp à culasse de l’artillerie allemande pouvaient tirer à des distances de 3,5 à 4km et l’artillerie française avec ses canons à chargement par la bouche ne pouvait atteindre des distances au-dessus de 3km ( 2,5km pour les mitrailleuses ), le sort des mitrailleuses lors d’un duel d’artillerie fut rapidement joué. Les plus grands « succès » des mitrailleuses furent obtenus là où on ne les attendait pas : sur des distances en-dessous de 1000m et en soutien défensif de l’infanterie française, le feu des mitrailleuses avec leurs 75 à 125 coups tirés par minute fut dévastateur et présageait déjà les effets des mitrailleuses automatiques de la première guerre mondiale.

Épilogue

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La plupart des 400 mitrailleuses construites et utilisées pendant la guerre de 1870/71 furent capturées par l’armée allemande qui les revendit à partir de 1878 à la Belgique qui les recéda à la France. Elles armèrent ensuite un grand nombre de fortifications de l’est de la France. Les dernières furent enlevées en 1908 car remplacées par les nouvelles mitrailleuses automatiques bien plus performantes « St. Etienne » et« Hotchkiss ». Le nombre des mitrailleuses « De Reffye » existant aujourd’hui ne dépasse certainement pas la dizaine (Musée de l’Armée-Paris, Zitadelle Spandau -Berlin ... ). A notre connaissance, seuls deux sont encore opérationnelles (une au Musée militaire Vaudois à Morges/Suisse et une au Militärhistorisches Museum der Bundeswehr à Dresde/Allemagne).

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